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Archives velvetyne I et autres pages particulières

Théâtre

jeudi 22 mai 2008

L’odyssée de Pénélope

Source : http://www.lespeinturesdesoka.com/

Simon Abkarian est un génie qui se donne beaucoup de mal pour se surpasser encore davantage. Dans Pénélope ô Pénélope, il joue Ulysse, et joue avec le verbe comme personne avant lui sur le sujet odysséen depuis Homère ! La puissance des mots dit bien toute l’horreur de la guerre, la fulgurance de la mise en scène dit bien toute l’erreur des personnages qui s’égarent dans le labyrinthe d’amour et de volonté de Pénélope avant de succomber à la joie (Elias/Ulysse, Dinah/Pénélope et Théos/Télémarque) ou à la mort (Ante/les prétendants de Pénélope).

Le visage mangé par la barbe de Simon Abkarian lui-même illustre à merveille l’errance d’Ulysse, l’auto-fugitif, ne sachant plus au bout de 20 ans (20 millions d’années) de vagabondage qui ou ce qu’il fuit — sans doute le triomphe de sa ruse meurtrière.

Car Ulysse n’est pas seulement un héros, c’est aussi un meurtrier. Tous les héros sont des meurtriers ? Pas sûr, le vrai héros est une héroïne - Pénélope - qui vainc chaque jour ses propres démons.
Pour sûr, les meurtriers ne sont pas des héros, car, après tant de temps, on oublie presque la genèse du conflit, décrit comme lointain, à l’est, où la rumeur s’est éteinte.

Mais la fin de la guerre et la « vallée de la paix » (G. Manset), une vallée de larmes, de doutes, de remords, le gouffre du souvenir, de la conscience, les liens du refus du sang à nouveau versé. Et puis la finance toute-puissante de cette saga de la joie retrouvée au bout de tant de tourbes, de marécages et de tentations médiocres, l’anéantissement de l’ennemi héritaire qui n’a pas voulu du pardon et pour un mot mal choisi, a prononcé lui-même son oraison funèbre.

Allez voir cette pièce inoubliable, c’est au Théâtre de Chaillot jusqu’au 14 juin prochain, la scène est chaleureuse, le jeu des acteurs extrêmement généreux et la langue d’Abkarian éblouissante (le mot n’est trop fort).

mercredi 21 mai 2008

Mon père avait raison

C’était hier au théâtre Edouard VII. Le père et le fils jouaient « Mon père avait raison ». On aurait eu tort de se priver d’un tel spectacle. Surtout lorsque l’on n’a pas comme moi (et fort heureusement, du reste) connu le temps où Guitry père et fils jouaient la pièce.
Avec les Brasseurs, c’était la première fois depuis les Guitry que l’on pouvait voir un père et un fils jouer leurs propres rôles dans cette pièce maîtresse du répertoire français.
Le résultat est tout simplement saisissant de vérité.
Claude Brasseur, fidèle à lui-même, est magistral. Son fils, Alexandre, est à la hauteur de sa lignée — qu’on se souvienne seulement un peu de son grand’père, Pierre Brasseur dans un film comme « Porte des Lilas » (1957) dans lequel Brassens jouait son propre rôle en chantant la chanson « Au bois de mon cœur ».
Le théâtre est plus que jamais un art authentique au même titre que la peinture, car il échappe à la dure loi de Walter Benjamin — il n’est pas reproductible.
Alors, allez vous offrir un morceau inoubliable de vie !