La mort de Julien Gracq nous amène de nouveau à nous poser la question de la mesure des ordres. À quel ordre voulons-nous appartenir ? Cette question est capitale.
Julien Gracq, en refusant de se faire publier en poche, avait définitivement choisi l’ordre analogique, l’ordre des Géants. Il n’était pas loin de penser que, dans le livre de poche, il n’y a la miniaturisation, et que dans la miniaturisation, il y avait l’amoindrissement, comme une sorte d’immense euphémisme de l’œuvre. Cette seule idée lui était vraisemblablement intolérable. Le refus du prix Goncourt pour « Le Rivage des Syrtes » provient sans doute aussi pour une grande part de celui d’être réduit à une œuvre, même majeure, même fractale. Il y avait chez Gracq la recherche de la densité, de la cardinalité, chez qui le tout ne pourrait être confondu avec la partie, avec le choix arbitraire d’un commentateur, d’un critique.
Julien Gracq voyait sans doute dans le formatage du prix ou de la collection un relativisme dangereux vis-à-vis de toute œuvre conçue comme un bloc, un roc « inconcédant ».
Avec Gracq meurt l’un des derniers tenants de l’ordre ancien, l’ordre analogique, l’ordre des livres à couper, l’ordre d’une pléiadisation anthume mais tardive & forcément exigeante, élitiste.
Tâchons de nous en souvenir à l’heure de la technologie, de la micro- voire nano- intrusion de tous les gadgets les plus fous. Gardons en tête que cette perpétuelle plongée microscopique nous empêche de prendre du recul. Ainsi arqueboutés sur l’infiniment petit, nous oublions (volontairement ?) l’infiniment grand qui nous dépassons. Nous nous dressons de toute notre mesquinerie devant des fossés dérisoires, des fourmis, tout un univers d’insectes et de lucioles minuscules pour mieux nous penser les seigneurs de ce qui existe. Mais au-dessus de nos têtes de plus en plus enfiévrées de scientistes illusions, se dresse toujours impassible le Très-Haut qui nous voit de plus en plus petits, ce qui nous sommes vautrés dans notre veulerie et dans nos « commodités ».
S’il y a une micro-informatique, il y a une macro-informatique, celle du véritable Ordinateur de l’univers — Dieu — qui nous observe et nous régit. On moque l’«archaïsme» de J. Gracq comme on moque celui de la machine à écrire face aux traitements de textes et autres claviers de Blackberry. Pourtant tout n’est pas si simple : des éditeurs de texte plein écran ont un succès grandissant qui cherchent à reproduire le plus fidèlement les sensations de la machine à écrire — cliquetis et retours chariots y compris. Aujourd’hui on évoque la mort de J. Gracq mais demain, qui sait, on se souviendra plus encore qu’il a existé et qu’il a, le premier franchi le Rivage des Syrtes...
La vente de ma XBox 360 en août dernier avait sonné un peu trop rapidement le glas d’une convivialité bienvenue entre amis.
Je me suis acheté une PlayStation 2, loin de l’innovation graphique des PS3 et XBox 360 précisément et loin tout autant de la révolution ergonomique de la Wii. Une console toute bête, toute mince — plate en quelque sorte, amortie par une longue exploitation commerciale (depuis le 24 novembre 2000 en Europe). Ses manettes font très « fin de l’histoire » (après tout, Sony les laisse inchangées pour la PS3). Et sa ludothèque ressemble à un inventaire général du dixième (?) art.
A maints égards, la PS2 fait penser à la SuperNes tout en platitude également et à la jouabilité inégalée.
Où l’on nous apprend qu’« il y a plus de 200 ans, il était déjà d’envoyer des messages à travers l’Europe et l’Amérique à la vitesse d’un avion — sans fil et sans recours à l’électricité »...
http://www.lowtechmagazine.com/2007/12/email-in-the-18.html
Je profite de l’occasion pour vous inviter à découvrir le site de « Low Tech Magazine », une publication pleinement dans l’esprit Retrotech.
Lave, Sextidi, 6 Nivôse, An CCXVI
Mon père m’a toujours dit de ne pas lire les disquettes puis les CD de magazines car il les croyait vérolés. Il a parfois eu raison mais si peu souvent que, globalement, j’estime avoir bien fait de lui avoir très largement désobéi à ce sujet.
Je me souviens par exemple très bien du premier numéro de PC Team et de son CD très réussi. Les CD de magazine m’ont suivi tout au long de mon odyssée informatico-papétière depuis le milieu des années 1990. À cet égard, il est intéressant de constater que, bien que le DVD existe depuis 1997 et soit largement répandu depuis 2000, le CD résiste encore très vaillamment à son successeur trop évident. Le CD de magazine est utilitaire, illustratif. Le DVD est, quant à lui, tellement versatile qu’il en devient embarrassant. Le rédacteur se trouve gêné aux entournures de tant de commodité. Il se trouve face au truisme mansétien du « Rien à raconter ». Il y a trop d’espace et donc trop de vide. C’est décourageant. Dans un ordre tout autre de l’écriture, on peut penser que peu de chefs d’œuvre auraient pu être écrits en helvetica ou en univers condensed. Une telle densité effraie, une telle économie démantèle jusqu’aux plus nobles ambitions discursives. Il faut de l’indulgence, des encouragements perpétuels à ces jeunes pupilles de l’esprit. Voilà pourtant tant de mondes qui ont surgi d’écritures manuscrites maléables et de machines à écrire grossières et usées. On verra pour la même raison passer beaucoup de temps avant de voir émerger des DVD-audio ou des Blu-Ray musicaux. La crise des contenus est trop grande...

Source : http://www.braindex.com/products/images/0939.gif
Eddy Mitchell a chanté « Mon cœur vinyle » (Ici Londres, 1989) et « Rupture en VHS » (Racines, 1984). Aurait-il oublié de façon tout à fait impardonnable de mentionner la cassette audio dans son idyllique tableau rétro ?
Car il semble bien que la cassette audio entame son revival. Éphémère, peut-être, l’avenir le dira. Toujours est-il que l’on voit fleurir des clés USB 1 Go personnalisable sur un site britannique :
http://www.makeamixa.com/
http://www.geekalerts.com/cassette-tape-usb-drive/
Et le site français MonsterK7 qui donne une seconde vie à nos chères K7 audio :
http://www.monsterk7.com/french.html
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