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Archives velvetyne I et autres pages particulières

Le juillet des échansons

vendredi 04 avril 2008

L’almanach des échansons

Photo : Ganymède (Γανυμήδης), l'échanson des Dieux dans la mythologie grecque

Source : http://mythologica.fr/grec/pic/ganymede_2.jpg

Assez vrayment on ne revere
les divines bourdes d'Homère,
qui dit, que l'on ne peut avoir
si grand plaisir que de se voir
entre amis à la table,
Quand un menetrier delectable
paist l'oreille d'une chanson,
et quand l'outresoif échanson
fait aller en rond par la troupe
de main en main la pleine coupe.

Ronsard, les Folastries, 1553

Henri Salvador restera toujours dans notre cœur.

¶ Divine qui vient chanter ce soir. Sébastien Tellier, le turbulent, s’attaque à l’épineux dossier de la succession de Marie Myriam (1977). Espérons qu’il sera touché par la grâce (divine).
Retour sur Sexuality de Sébastien Tellier
Vertige de Politics qui l’avait fait échanson, on pensait Sébastien Tellier victime des flèches qu’il avait lui-même lancées. Tellier triomphe de la dépression par la petite mort. Sexuality est massivement vital et cela nous agrée.
Je ne suis pas un expert en musique électronique mais il me semble assez révolutionnaire autant de sexe dans ce genre musical. Mais je pense peut-être trop à Kraftwerk (même s’ils ont sorti en leur temps le très inattendu « Sex Objekt » — in Elektrik Café, 1986).
Les méthodes sont toujours aussi réussies mais la rhétorique contestataire a fait place à une séduction presque primale (notamment sur « Kilometer » et sur « Pomme »).
La voix est suave, notamment sur « Roche » où Tellier chante délicieusement bien... en français :
Enfin, il y a évidemment « Divine », astucieusement employé en son temps dans le « Grand Journal » de Michel Denisot.

. Chansons remarquables de Sexuality
Roche
Look
Divine
Sexual Sportwear (instrumental)

Alain Bashung revient avec Bleu pétrole au mieux de sa forme.
Il sort du crépuscule aussi élégant qu’inquiétant de l’Imprudence.

. Chansons remarquables de Bleu pétrole
Je t’ai manqué
Résidents de la République
Hier à Sousse
Le secret des banquises

. Note concernant la reprise d’« Il voyage en solitaire » de Manset.
Reprise un peu vaine à la première écoute mais attachante à la longue par son côté country (un des paradigmes fondateurs du rock). Bashung nous fait redécouvrir le texte de Manset avec une intelligence nouvelle, comme pour sa reprise des « Mots bleus » de Christophe (sur Climax).

Jean-Louis Murat sait encore nous étonner. Avec Charles & Léo, le brenoï avait entamé une phase néoclassique (la quatrième, donc) marquée par un bref retour aux manettes de Denis Claivaizolle.
Avec Tristan, Murat se pose en troubadour définitif, (ré)inventant un folklore à lui tout seul. La chanson « Le voleur de rhubarbe » (Lilith, 2003) était, à cet égard, un immense signe avant-coureur. Ce n’est donc pas de la frénésie mais du talent en abondance. Un immense travail, où la vision de l’artiste le dispute au génie de l’artisan.

. Chansons remarquables de Tristan
La légende dorée
Mousse noire
Les voyageurs perdus
Marlène

¶ Francis Cabrel est un échanson sous-estimé. Pris dans une auto-censure façon numerus clausus, je ne l’avais pas intégré dans le cercle initial des échansons. C’était une erreur. N’en déplaise à une certaine critique qui lui a longtemps tourné le dos, Cabrel est un grand de la chanson. Sa démarche et sa régularité sont exemplaires. Son mode de vie, fait rare parmi les échansons, est exemplaire. L’album Hors-Saison (1999) était déjà une rupture. La ballade était déjà plus sérieuse que le simple propos de l’amour (même si l’on ne saurait badiner à ce sujet...).
Son best-of, sorti l’an passé pour célébrer ses 30 ans de carrière, avait des allures de révélation cardinale. Cabrel est au folk française ce que Nougaro est au jazz français : un incontournable.
Des roses et des orties (le titre a-t-il, un tant soit peu, inspiré par Le Rose et le Vert de Stendhal ?) est un petit bijou d’unité, de fluidité. La voix est intacte, le ton plus engagé. Cabrel est une valeur sûre, un chanteur de métier. L’absence avérée de moustache n’illustre que mieux la présence intense, minérale, juste.

. Chansons remarquables de Des roses et des orties
La robe et l’échelle
Les cardinaux en costume (mention spéciale pour le titre de la chanson, particulièrement inspiré)
Le chêne liège
Le cygne blanc
Madame n’aime pas

jeudi 14 février 2008

Le lion est mort ce matin-là

Source : Gala

Le vespéral félin
nous laisse sans
espoir. Il était
couleur et désinvolture
et rire là
où nous sommes
désormais grisaille
et résignation
et pleurs.

Après Michel Serrault,
notre dernier
clown disparaît.
Déjà Saint-Michel
Imprimatur a
donné de l’oraison
funeste pour
rendre *dommage*
au seul qui savait
lui résister.
Les échansons
de la chanson
française
sont
orphelins de cette ivresse de joie.
Et je pleure un métis — et quel métis — de moins.
Une pierre précieuse
posée sur mon
cœur — toujours vivante.


© Frank ADEBIAYE, février 2008

mardi 25 septembre 2007

Dynasties 3/3 : Camille (1978)

Source : http://flaxworld.blogs.com/flaxworld/images/2007/07/11/camille.jpg

Pourquoi “juillet” des échansons ? La Révolution de Juillet était, somme toute, très conservatrice et très bourgeoise.
Hypokhâgne, khâgne, Sciences-Po. Une héritière péchue. Intelligente et dynamique. Fécondée et découverte par Murat (Parfum d’acacia au jardin,
Mockba) et Manset (Le langage oublié), explosive dans le collectif-album Nouvelle Vague, elle est digne de cette précieuse mécanique des fluides pour engendrer à son tour le très mignon Sac des filles et le Fil, album complètement barré.

Dynasties 2/3 : Abd-al-Malik (1975)

Source : http://www.foutraque.com/doc/chronique/2674_img2.jpg

Héritier congolais, héritier strasbourgeois, héritier du rap, héritier du slam.
Abd-al-Malik est un sage, semble être le lointain descendant de son homonyme, le souverain d'un Islam éclairé, doté d'une nouvelle fiducie.
La chanson “12 septembre 2001” est un bijou ; il fallait tout simplement y penser. Le lendemain du 11 septembre 2001 à la suite duquel il faut bien continuer à vivre.
McSolaar avait le rythme et l'élégance, il y manquait sans doute la spiritualité pour survivre au-delà de l'aisance du style.
Il y a chez Abd-al-Malik une simplicité et une profondeur que l'on avait pas vues depuis longtemps dans la chanson française. La dernière fois, c'était peut-être chez Jacques Brel, quand la chanson savait encore nous emmener vers des tourments élémentaires.

dimanche 23 septembre 2007

Dynasties 1/3 : M (1971)

Source : http://www.partoch.com/photos/5/54/543/543657/avatar/543657.jpg

M (1971). Maître ès filiations. Par sa famille tout d’abord (son chanteur de père Louis Chedid et sa poétesse de grand-mère Andrée Chedid – deux talents injustement méconnus), puis par ses fréquentations artistiques, notamment Bashung et HFT à leur meilleur – respectivement Fantaisie militaire et Scandale mélancolique (deux superbes oxymores).
Il y avait « Onde sensuelle » et « Machistador ». Puis il y eut carrément Qui de nous deux ? – un chef d’œuvre.
Grand talent scénique et capillaire. Il sera définitivement grand quand il osera être tout simplement Mathieu Chedid.

Du talent à l'état pur 2/2 : Sébastien Tellier (197-)

Source : http://musique.typepad.com/musique/images/sbastien_tellier.jpg

Sébastien Tellier (197-). Ce sympathique barbu a le talent d’Air et de Daft Punk réunis avec une maîtrise vocale, de vrais textes et à découvert. C’est le seul échanson de genre, en l’occurrence l’électro. C’est le seul qui peut se permettre de chanter en anglais, en espagnol. L’audace sans doute.
L’avenir de notre voix. Peut-être.
Cela ne l’empêche pas de garder ce côté provocateur.
L’album Politics a suffi à le faire entrer dans la légende. Leçon sur les wet-backs (« League Chicanos ») et sur les Native Americans (« Ketchup vs Genocide »). Il va même jusqu’à réinventer « La Ritournelle ». C’est dire…

samedi 22 septembre 2007

Du talent à l'état pur 1/2 : Thomas Fersen (1963)

Source : http://www.rfimusique.com/imagesMusique/imagesFr/upload/fersen2.jpg

Thomas Fersen (1963) est un fabuliste. Il a cette voix délicieusement éraillée et cet univers à géométrie variable peuplé d’humour et de zoologismes. Douce et intemporelle dérision.
La physique de l’univers de Fersen est comme son physique : douce-amère. Mythologie salvatrice que le quotidien chanté admirablement par Fersen. « Hugo », « Ne me touche pas », « Bucéphale », « Les malheurs du lion », Pièce montée des grands jours. Là où HFT rend hommage à Cantat, Fersen chante en duo avec Marie Trintignant sur la chanson éponyme.
En entendant « Pégase » sur l’excellent Le Pavillon des Fous (2005) – qui égale “Scandale Mélancolique” de HFT sorti la même année, j’ai compris à quel point Fersen était grand et que le juillet des échansons pointait à l’horizon.

Échansons cardinaux des années 80 3/3 : Lio (1962)

Source : http://www.sic-productions.com/

« La fille d'Ipanema »

“Banana Split” en 1980, c'est “Les Sucettes” (1966) volontaire. Lio, contrairement à France Gall [1], a vu la malice de l'allusion phallique. Mais la belle n'a pas froid aux yeux.
Un caractère incroyable derrière une grande fantaisie affichée. La nouvelle Piaf, c'est elle.
Une femme, 6 enfants. Il y a eu les blondes - France Gall, Sylvie Vartan -, la rousse - Mylène Farmer, voici la brune, qui ne compte pas pour des prunes.
Lio ne s'arrête heureusement pas aux années 80. L'album magistral “Des fleurs pour un caméléon” (1991) est là pour le démontrer. Le clip de “L'autre joue” extrait de cet album est tout simplement fabuleux.

§ Ipanema est un quartier chic de Rio de Janeiro. C'est le berceau de la bossa nova.
The girl from Ipanema est une chanson extraite de l'album “Des fleurs pour un caméléon” (1991). C'est un duo avec Étienne Daho, qui a produit par ailleurs l'album.

Vous l'aurez compris, “Des fleurs pour un caméléon” est l'album de Lio que je préfère [2].

[1] Lio reprend la chanson de France Gall “Attends ou vas-t'en” sur son dernier album ”Dites au prince charmant” (2006)

[2] Pour une critique complète de l'album : http://www.lalalala.org/desfleurspouruncameleon.html

vendredi 21 septembre 2007

Échansons cardinaux des années 80 2/3 : Mylène Farmer (1961)

Source : http://medias.ados.fr/

« Le Feu »

Cette fille aux cheveux roux a révolutionné le marketing musical. Elle a même réussi à vendre du Murat aux Grâces critico-médiatiques. C'était “Regrets” en 1991.
Une œuvre dense et homogène. Des clips sulfureux, du néo-gothique rouge.
Des spectacles scéniques phénoménaux.
Laurent Boutonnat qui voulait juste une interprète pour la chanson “Maman a tort”.
Et enfin et peut-être surtout aux yeux de certains, une formidable puissance d'exportation. À titre d'exemple, son dernier album studio “Avant que l’ombre...” (2005) a été N° 1 en France, N° 1 en Belgique, N° 1 en Russie, N° 2 en Suisse, N° 5 en Grèce, N° 10 en Estonie.
Cela fait de Mylène Farmer une sorte d'intermède entre Aznavour (qui exportait) et la nouvelle “french touch” (Air, Daft Punk, Sébastien Tellier) qui exporte à nouveau.

jeudi 20 septembre 2007

Échansons cardinaux des années 80 1/3 : Étienne Daho (1956)

Source : http://www.seedfloyd.fr/

« Le Soleil »

Quiconque entendra Daho sera comme terrassé par le Soleil.
Daho c'est le contre-point solaire de toutes les lunes noires des échansons précédents (en particulier Alain Bashung, Manset et Hubert-Félix Thiéfaine) : un monde de VIE.
Une voix douce, intégrée parfaitement à des mélodies douces et entraînantes.
Il y a indiscutablement Oran et l'énergie de la lumière.
Il y a la folie des années 80.
Il y a Réévolution et sa typographie gothico-arabesque.
Il y a le duo avec Dutronc “Tous les goûts sont dans ma nature”.
Il y a Pop Satori (1986) et tant d'autres choses, parmi lesquelles le dernier album d'Elli Medeiros.