Les trois Murat
On pense souvent à Jean-Louis Murat et à son caractère entier. On se dit alors hâtivement que cet homme-là n’est forcément fait que d’un seul bloc. Dans ce cas, on a tort.
Il y a trois Murat.
1. Le Murat-Clara
Source : Le lien défait
Clara est un groupe fondé par Murat en 1977 à l’époque où il se produisait dans la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) de Clermont-Ferrand. De cette époque subsiste l’incroyable « Empire du Nord » (1977) ainsi que les trois albums « maudits » de Murat : « Suicidez-vous le peuple est mort » (1981), « Murat » (1982) et « Passions privées » (1984).
Cette période est une période de vache maigre mais c’est pourtant, à mes yeux, une période extrêmement féconde et prolifique du barde auvergnat.
2. Le Dolos
Source : Le lien défait
Avec « Cheyenne Autumn » (1989), Murat veut plaire, veut séduire, il veut enfin percer auprès d’un public élargi. Il joue sur son charme naturel, sur sa voix faussement fragile, sur des nappes de synthétiseur puis des déluges de piano et sur une forte atmosphère empreinte à la fois de brume et de nostalgie. C’est « Le Manteau de pluie », « Vénus » et tous les inédits et autres faces B.
C’est la période dite « classique » du Brenoï qui culminera avec l’injustement méconnu « Jour d’hiver » et l’intrépide « Môme éternel » (Dolorès, 1996).
3. Le Ranchero
Source : Le lien défait
Avec « Mustango » (1999), Murat monte le son, en proposant enfin des prises de son correctes sur ses albums et en prenant une orientation délibérément rock. S’en suivront « Le Moujik et sa Femme » (2002), « Lilith » (2003), etc.
Même « Madame Deshoulières » (2001) n’échappe pas à la règle — c’est particulièrement flagrant avec une chanson comme « Bobo ».
Pourquoi vous parle de tout cela aujourd’hui ? Eh bien, tout simplement parce qu’avec « Charles & Léo », Murat retourne à sa période Dolos, rompant avec une « suranchère » productiviste de plus en plus prévisible. Cela ne doit nous étonner qu’à moitié dans la mesure où la précédente mise en musique de Baudelaire, « Irréversibilité », figurait précisément sur « Dolorès » (1996).
Le retour de Denis Clavaizolle aux manettes est une excellente nouvelle pour les fans de Murat, dans la mesure où cela permet de revenir à une période plus classique, plus variée et plus féconde de Murat où sa voix — qui est son véritable atout — est bien davantage mise en valeur que lorsqu’elle s’éraille derrière des décharges brutales de guitares électriques.

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