En 1999, je fus un des early adopters d’InDesign. Rétrospectivement, je dois bien admettre que c’était essentiellement pour des raisons typographiques.
À 17 ans, je débutais dans la typographie et je voulais pouvoir utiliser les polices de caractères à leur potentiel maximum. L’OpenType venait seulement d’arriver1, longtemps2 après l’Unicode.
Et moi, dans mon coin, j’étais déjà fasciné par le moteur typographique encore balbutiant d’InDesign. Voir en direct les ligatures fi et fl se former à l’écran, c’était déjà extraordinaire.
La suite donna raison à Adobe. La typographie devint un avantage concurrentiel décisif dans la lutte acharnée qui opposait InDesign à Quark XPress. Il faudra attendre la version 6 de ce dernier pour le voir remonter la pente de l’OpenType.
Pourtant, cela a été dit à ses débuts, mais curieusement assez peu par la suite, mais l’extraordinaire potentiel typographique d’InDesign doit beaucoup à LATEX dont le moteur typographique a très largement inspiré celui d’InDesign.
J’ai également passé beaucoup de temps à configuer LATEX. Mais il faut bien admettre que la gestion des polices de ce dernier était très ardue.Grâce aux bons conseils de Walter Schmitt3, j’ai pu, en dernier, installer péniblement Méridien sur une Debian 4 etch.
Mais depuis 2004, le projet XeTeX, d’abord sous MacOS X, puis sous Linux et Windows promettait l’eldorado tant rêvé : la rencontre de LATEX et d’Unicode et une installation des polices simplifiée.
Je n’ai testé XeTeX qu’hier sur une Fedora Core 9 (tournant sur un Net PC Surcouf à 160 €) mais je dois bien admettre que le résultat est époustouflant.
On peut enfin profiter de l’OpenType sans avoir InDesign, Mellel4 ou Quark XPress.
Cette fois, c’est sûr la machine électrotypographique est en marche et rien ne pourra l’arrêter.
Toutes ces polices achetées qui sommeillaient dans ma machine sans pouvoir s’exprimer en-dehors de Toussaints hyper-graphiques et propriétaires, c’est fini. Cela mérite bien une Résurrection des Morts :
Résurrection des morts
Je vois
Les morts ressortant des ombres de leurs ombres
Renaissant de leur matière furieuse et noire
Où sèche ainsi la poussière du vent
Avec des yeux reparus dans les trous augustes
Se lever balanciers perpandiculaires
Dépouiller lentement une rigueur du temps ;
Je les vois chercher toute la poitrine ardente
De la trompette ouvragée par le vent.
Je vois
Le tableau de Justice ancien et tous ses ors
Et titubant dans le réveil se rétablir
Les ors originels ! Morts vrais, morts claironnés,
Morts changés en colère, effondrez, rendez morts
Les œuvres déclinant, les monstres enfantés
Par l’homme douloureux et qui fut le dernier,
Morts énormes que l’on croyait remis en forme
Dans la matrice de la terre.
Morts purifiées dans la matière intense de la gloire,
Qu’il en sorte et qu’il en sorte encore, des morts enfantés
Soulevant notre terre comme des taupes rutilantes,
Qu’ils naissent ! Comme ils sont forts de chair armés !
Le renouveau des morts éclatés en miroirs
Le renouveau des chairs verdies et des os muets
En lourdes grappes de raisin sensuel et larmes
En élasticité prodigieuse de charme,
Qu’ils naissent ! Comme ils sont forts de chair armés.
Pierre-Jean Jouve, Gloire, 1942.
1- En théorie dès 1996-1997, dans les faits en 2000-2001
- 2
- À l’échelle informatique
- 3
- http://home.vrweb.de/ was/
- 4
- Sous Mac, uniquement :(
Ce document a été traduit de LATEX par HEVEA