août 2008

dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam.
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            
Blog powered by TypePad

Archives velvetyne I et autres pages particulières

« Herbert von Karajan : du bling-bling au klang-klang | Accueil | Curiosités typographiques »

dimanche 04 mai 2008

Les Cris Dominicaux (15 Floréal, an CCXVI) — spécial typographie

Source : http://farm2.static.flickr.com/1177/1490551519_e7b66b37da.jpg

¶ Un entrebâillement expert

La PAO est né d’une ouverture. Celle des ateliers de plomb à la lumière vive d’un soleil permanent. Désormais, la typographie sort de la clandestinité, et se fonderait non sur la ductilité du métal mais sur la souplesse des courbes de Bézier.
Le langage-maître, le Postscript, serait ouvert et documenté.
Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Le Postscript est détroné sur ses trois piliers :
1.  en tant que langage de description de page par le PDF, lui-même appelé à fusionner avec le XML (cf. le projet Mars d’Adobe) ;
2. en tant que format de police de caractère par l’OpenType, puissant secondé par l’Unicode ;
3. en tant que conteneur de formes par le SVG.

Le troisième pilier n’est pas le moindre. Le SVG est de facto le format ouvert des formes vectorielles. Ce format ouvert est le format natif d’Inkscape, qui est, à mon sens, le meilleur logiciel de dessin vectoriel. Je ne vois pas l’intérêt d’utiliser encore Illustrator alors qu’Inkscape  permet de faire la même chose. The Gimp pour les images bitmap et Scribus pour la mise en page peuvent, dans la plupart des cas, remplacer avantageusement Photoshop et XPress / InDesign.
L’argent ainsi économisé en dépenses logicielles inutiles devrait permettre de rémunérer les vrais acteurs de la chaîne graphique, à savoir les créateurs de caractères. L’énergie économisée à pirater des logiciels devrait servir à créer à son tour.
J’ai bien conscience de grand ouvrir une porte qui n’est pour l’instant qu’entr’ouverte. Mais, indépendamment de ce que peut penser Adobe de telles pratiques, n’est-ce pas in fine ce que nous voulons ?

¶ De la forme pleine à la forme ligne – du plomb à la lumière | Électrotypographie, an I ?

Ce qui m’a frappé dans les commentaires récents liés à la sortie de la police Hermès Scripte d’Éric de Berranger, c’est celui de Christophe Badani qui faisait remarquer à juste titre qu’une telle prouesse (adapter une fine écriture manuscrite avec force ligatures) n’aurait pas été possible à l’époque de la typographie au plomb.
Personnellement, je me suis mis à dessiner des caractères. J’ai enfin franchi le pas, dirons-nous, à l’invitation de typographes comme Jean-François Porchez et Christophe Badani.
Et une des premières choses que j’ai constatées, c’est précisément que la courbe de Bézier donne clairement le choix entre la forme pleine et la forme ligne. La liberté de l’outil est totale, à deux niveaux, au moins :
1.    liberté de forme
2.    liberté dans le nombre de glyphes.
À cet égard, la création d’Éric de Béranger n’est que le prémisse de beaucoup d’autres polices ligne à venir, un peu comme Akzident Grotesk (1896) a annoncé le fonctionnalisme typographique qui régit encore la typographie aujourd’hui.

¶ Palatino, ou la police accidentelle

On ne le dit pas assez, peut-être à dessein, mais Hermann Zapf a commencé sa longue et brillante carrière typographique en dessinant une police gothique (Gilgenart, 1938-1939, disponible encore en plomb chez Stempel). L’interdiction des polices gothiques par Hitler en 1942 a mis un coup d’arrêt à la carrière commerciale de cette police prometteuse.
La police suivante est sans doute la plus grande réussite d’Hermann Zapf et fait d’Hermann Zapf avec Claude Garamond le plus grand typographe de l’histoire de l’humanité. Comme Claude Garamond, il y a fort à parier que ce soit, pour une grande part, malgré lui.
Comme Garamond avec le Romain du Roy, Zapf a concentré tout son savoir-faire dans Palatino. Mais là où Garamond est un caractère brillant, ouvert, optimiste, conquérant, Palatino est un caractère fondamentalement nostalgique, nostalgique à la fois de la Renaissance dont il prétend s’inspirer mais surtout nostalgique de la limes infranchissable que représente l’heure zéro. Soyons clair, je ne pense pas que Zapf aurait dessiné Palatino si l’Allemagne avait gagné la guerre. Sans faire de procès d’intention à Zapf, je pense néanmoins que Palatino est fortement impégné de remords, ses lignes brisées en attestent, il y a dans l’harmonie générale du caractère, la séduction passive du vestige, c’est ce qui rend ce caractère si occidental, si grec quand le soleil couchant vient dorer les ruines de l’Acropole. On pense à ce frère perdu qui reviendrait soudain comme de l’apothéose, alors qu’on le croyait mort à jamais. Avant ? On ne le regardait même pas.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/88723/28754124

Voici les sites qui parlent de Les Cris Dominicaux (15 Floréal, an CCXVI) — spécial typographie:

Commentaires

Poster un commentaire

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier