Herbert von Karajan : du bling-bling au klang-klang
« Le nom d’un fou s’écrit partout. » – Karajan
Source : http://www.flickr.com/photos/49527900@N00/100752475/in/set-1790463/
C’était déjà le cas à la mort de Pavarotti. Au-delà de l’immense figure populaire, les mauvais plaisants ultra-mélomanes avaient murmuré bruyamment que l’on avait plus perdu un amuseur qu’un chanteur de grand talent. Un ogre endetté, de n’avoir pas rendu à l’art lyrique ce qu’il avait tant reçu du public.
À la faveur du centenaire de la naissance de Karajan, on a beau jeu d’insister sur son sens de la mise en scène, ses Mercedes, son jet privé, son yacht. Dénoncer autrui comme étant « bling bling » devient le nouvel anathème à la mode. Comme par contraste (largement exagéré), les non-bling-bling seraient parés des plumes d’un paon bien austère.
Pourtant Karajan n’est pas arrivé là où il est arrivé par hasard, et j’ai personnellement toujours admiré les passeurs comme Karajan, Pavarotti ou Miles Davis pour le jazz qui ont su faire de leur starification un formidable passage, une extraordinaire occasion de faire découvrir leur art à des non-initiés. Il est tellement facile d’être puriste, de ne faire aucune concession. Derrière l’apparence exigence absolue, il y a l’intolérance, l’autisme. Derrière la radicalité, il y a l’exclusion.
Alors, réécoutons Karajan, il sera toujours temps de faire de la musicologie ensuite.
Je fais partie des puristes de la musique classique.
Au-delà du talent indéniable de Karajan, il y a une vision galvaudée et réductrice de la musique classique. Musique classique que l'on identifie au chef d'orchestre poussiéreux, à l'orchestre symphonique à Vienne, au classique dans toute sa splendeur (Mozart et Beethoven).
La musique classique est infiniment plus riche que cela.
Au-delà de l'homme d'affaires qui écoute distraitement Radio Classique, il y a des compositeurs extraordinaires dont on ne parle jamais.
Karajan me fait le même effet que Drucker (pardon aux aficionados du sieur). La mise en avant d'une partie seulement de l'art qu'ils sont censés représenter.
On peut commencer par Karajan. Mais on ne peut en aucun cas réduire la musique classique à Karajan, même si c'est plus vendeur.
Je rêve d'un jour où l'on amènera les enfants à l'IRCAM après les avoir amenés à l'Opéra Garnier. Vive la modernité artistique, vive la créativité, vive le renouvellement des générations.
Après Karajan, il y a eu Rousset, Rattle, comme après Heidegger, il y eut l'Ecole de Francfort.
Philosophie du soir, bonsoir.
Rédigé par: Nina | le mercredi 21 mai 2008 à 20:27
Chère soeurette,
Je suis heureux de voir que ta verve musicologique est intacte. Il y a aussi dans ce volontarisme culturel quelque chose qui fleure bon à la musique ce que le TNP a représenté pour le théâtre : la culture exigeante pour tous.
L'homme d'affaires qui écoute distraitement Radio Classique pourrait bien être un de ces cardinaux en costume que dénonce Cabrel dans son dernier album.
Je m'en vais écouter du jazz car au moins pour vendre dans un tel genre, Norah Jones ou Patricia Barber sont (encore) plus sexy que Karajan et que tous les débats sur l'école de Francfort qui aurait eu une bien meilleure postérité encore si elle s'était occupé de curry-wurst... :D
Rédigé par: velvetyne | le jeudi 22 mai 2008 à 00:10