Micromegas, II : jeu virtuel vs incendie d’un établissement
Je dois l’admettre, l’informatique m’a longtemps passionné. Elle m’a beaucoup appris sur les possibilités de l’esprit humain. Toutefois, le monde virtuel étant un miroir déformant voire le miroir sans tain de la réalité, je ne suis pas sûr d’en avoir appris aussi rapidement à en maîtriser les effets.
Le monde informatisé est un monde miniaturisé dans ses principes d’utilisation mais gigantesque dans son principe d’application. J’ai commencé à m’en rendre compte au moment de mes premiers pas dans la PAO à partir de 1996 et plus sûrement à partir de 1999. À l’époque, je triturais la première version d’InDesign pour mettre en page la gazette des internes de mon lycée. Pour moi, l’affaire était simple, entendue, comme un jeu d’astuces et de combinaisons techniques. Pour le rédacteur en chef, la portée était beaucoup plus grande ; avec le recul, je crois que cela avait à avoir avec la politique – en l’occurence, la portée expressive et représentative d’un groupe. La chose était publique, immense, conséquente.
Plus tard, les factures des imprimeurs auxquels je fournissais dans le cadre de projets associatifs mes fantaisies typo-graphiques devaient encore m’alerter davantage sur le poids du vrai monde.
Les lecteurs de journaux à l’esprit le plus romanesque sont déçus. On nous annonce un séïsme à la Société Générale : y a-t-il incendie ou demande de rançon ? Même pas, une fraude virtuelle aux conséquences bien réelles grandement facilitée par la micro-informatique. Allez pourtant dans n’importe quelle agence de la banque rouge et noir, vous les verrez intactes. C’est un fait, « ils ne mouraient pas tous mais tous étaients frappés » (J. de La Fontaine, « Les animaux malades de la peste » in Fables). Le spectacle même du scandale nous paraît un peu volé, un peu factice. Il n’y a pas assez de bruit pour une telle déflagration. On nous parle de défaillance de contrôle interne, la fraude passe de plus en plus au second plan – comme si les papiers éternels de la bureaucratie parvenaient tout de même à étouffer le feu...
Note : le premier Micromégas était consacré à la fin du music-hall...

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