Je me souviens avoir lu une interview de la violoniste Julia Fischer à l'époque de la parution de son prodigieux disque sur les Partitas de Bach. Le journaliste visiblement peu inspiré lui demandait si elle regrettait d'avoir passé toute son enfance à s'escrimer sur son violon au lieu d'avoir une enfance "normale".
Julia Fischer eut une réponse lumineuse "vous savez, aujourd'hui j'ai 21 ans, et quand je vois que des jeunes autour de moi ont du mal à trouver leur voie et que j'ai moi toujours su quelle était ma voie, non, je ne regrette pas". C'étaient ses propos en substance.
Quand j'y repense aujourd'hui, je me dis comme à l'époque qu'elle avait raison. Tout dépend, vous me direz, de la vision qu'on a des métiers en général, et du travail en particulier.
De fait, j'ai toujours envisagé le fait d'exercer un métier comme un sacerdoce. Une chose qui vous définit, qui vous constitue, en bref, quelque chose qui va bien au-delà du simple salariat indifférent. J'ai toujours voulu exercer un métier qui soit à la fois ma prêtrise et mon but de vie. Façon à la fois religieuse d'envisager la vie civile et laïque de considérer la prêtrise, je vous l'accorde.
J'ai donc voulu tour à tour être écrivain, militaire, pasteur, et entre autres rêveries, j'ai fini par m'inscrire en fac de droit, en confondant allègrement le Droit et le droit procédurier qui est la forme positive de tout système juridique national. Effroi: la Justice se définit en des décrets, circulaires, numéros d'article. Effroi: toute discussion autour du droit n'est non pas une dissertation sur la notion de justice, ou les droits de l'homme, mais tout juste un débat de chicanes, s'appuyant sur des numéros sans aucun sens pour l'heureux néophyte. Mais où sont passés Hegel et ses Principes de philosophie du droit? Et Fichte?
Je me suis longtemps demandé où se cachait l'idéal de justice, et l'idée même du droit derrière un Code de procédure, ou derrière un vague article de chicaneries et arguties juridiques sans aucune âme ou pensée plus élevée que la politique dans ce qu'elle a de plus abject.
Je suppose qu'il n'y a rien à y trouver, et que le plus sage est de résigner à trouver ces illusions dangereuses dans quelque discours de fanatique en dehors du monde. Pourquoi pas, après tout?
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