Il est de bon ton aujourd’hui de préconiser le retour au bon ordre moral, à l’autorité scolaire. Ah, l’Autorité, la sacro-sainte Hiérarchie, le plaisir d’inculquer sans réfléchir des commandements moraux.
Le déclin de notre société serait dû selon ces joyeux apôtres du retour à la tradition au déclin de la bonne vieille école début du siècle, avec le maître qui tapait les doigts de ses élèves avec une règle, et qui écrivait des maximes d’éducation civique au tableau.
Outre que Jules Ferry est pour moi l’individu légèrement borné qui a préconisé une saine balade de forêt au Tonkin, j’ai des doutes sérieux sur la légitimité d’une éducation pareille.
Pour avoir subi ce genre d’éducation à l’école, je n’en ai retiré qu’un goût exacerbé pour la révolte et une société libertaire.
Je maudis la gauche moraliste. J’ai horreur du moralisme. Laissez la morale aux pasteurs et aux curés, la morale a-t-elle jamais été une norme de société?
J’aime assez qu’on s’indigne de la baisse du respect pour autrui dans notre société. Qui s’indignait d’entendre les “Crève, chien” d’un Guizot ou d’un Calvin? Une société moraliste et traditionnelle a-t-elle jamais empêché les déviances? La poésie française moderne ne commence-t-elle pas avec la figure du poète délinquant François Villon, ivrogne, et probablement meurtrier?
J’ai aussi en profonde détestation les hérauts d’une culture d’élite qu’à peine 1% de la population doit maîtriser. Je connais assez peu de gens du niveau intellectuel de Jacqueline de Romilly, et à supposer même qu’il y en ait une fournée (si je puis me permettre), on n’a jamais bâti une société nouvelle avec des érudits et des rats de bibliothèque.
Le mal de notre société, c’est l’impossibilité d’émergence d’un mouvement contestataire.
Le livre actuel en ce moment, ce n’est pas la Culture de masse de Baudrillard, mais bien le Discours de la servitude volontaire de La Boétie.
Enfermez les jeunes dans un carcan moral, vous fabriquerez une société neurasthénique. Je propose à ces hérauts du retour de la Tradition une saine cure d’Elfriede Jelinek, et de Thomas Bernhardt: vous aurez l’image de l’envers d’une société paternaliste et autoritaire.
Quant à moi, je vais me délecter du violon diabolique de Jascha Heifetz, tant il est vrai que”l’artiste est toujours le frère du fou et du criminel”. Dans une société qui a peur de ses déviances, peut-être pourrait-on y trouver là la cause du déclin non moins inquiétant de l’art.
Article remarquable. Sans rire hein! Je suis d'accord quand tu parles d'érudition, je viens de voir un film, "Hunger" sur l'Irlande du Nord et son combat, et il est assez vrai que les révoltes ne se sont pas faites autour d'un thé à discuter de la physique quantique et de Descartes. Néanmoins, Voltaire disait "Plus les hommes seront éclairés plus ils seront libres"...
Par ailleurs, dans toute révolte, n'a-t-on pas besoin d'intellectuels qui à travers leur création (quelle qu'elle soit) témoignent aussi de l'insoumission? Ceci dit, il est vrai qu'à un moment, il est nécessaire (pour moi) de stopper tout onanisme intellectuel (pour parler bien) et se salir un peu, voire pas mal. Et quand tu parles d'un savoir qu'à peine 1% de la population possède, doit-on trouver ça dommage? Ne penses-tu pas qu'un socle culturel commun est nécessaire à un peuple? (reste à définir ce socle-là...) Je n'aime pas la paresse intellectuelle... et je n'aime pas voir des étudiants en "humanités" (ou pas) ne pas vouloir regarder plus loin que le bout de leur nez. J'ai également lu attentivement ta participation sur le CD (ouhla je parle comme une habituée moi, ça va plus du tout) à propos des différences socio-culturelles.. et je suis pour ne pas valoriser une forme d'intelligence par rapport une autre... Bref, tant que la tolérance et la curiosité sont là, peu importe le degré de savoir, l'intelligence ne se situe pas là.
Rédigé par: L'actrice Blonde | 08/12/2008 à 00:33
Je pense sincèrement que tout le monde n'est pas fait pour apprécier ou même désirer accéder aux humanités classiques. Est-ce un mal? Sans doute, oui. L'école n' a pas les moyens de promouvoir l'enseignement du latin, ni du grec, ni même de l'allemand. La volonté politique ne tend même pas vers cela. On veut former des citoyens efficaces. Pas des citoyens cultivés. C'est un grand dommage pour l'avenir de nos sociétés, mais c'est à cela que nous tendons. A peine 1 Français sur 10 sera capable de citer 5 compositeurs français, pour prendre cet exemple bateau. Le socle culturel commun n'est plus cette culture-là. De plus en plus les tenants de cette culture classique seront d'aimables hérauts d'un temps passé. Je le déplore, mais c'est un fait.
Et cela me fait penser à cette phrase révolutionnaire quand on avait guillotiné Lavoisier "La République n'a pas besoin de savants". En effet, elle n'en a pas besoin. Et on tend vers cela. Former des citoyens, bons à la vie civique. A rien d'autre.
Rédigé par: Nina | 09/12/2008 à 10:58
Dommage que tu ne postes pas plus souvent ici. J'aime bien te lire, même si je ne suis pas toujours d'accord avec tes propos, cela reste intéressant et passionnant.
Rédigé par: themis | 13/12/2008 à 21:40