On dit souvent que l’amour est un geste vers autrui. Voire le geste d’ouverture par excellence.
Ce qui est pour moi faux.
On n’aime jamais véritablement autrui. On aime aimer et on aime ce que ce sentiment nous apporte: la sensation d’être important.
La relation amoureuse emblématique est pour moi celle de Rinaldo et d’Armida dans la Gerusalemme liberata du Tasse. C’est-à-dire une relation fondée sur le narcissisme.
La seule relation réellement importante que nous vivons au cours de notre existence est celle que nous avons avec nous-mêmes. La personne qui peut comprendre cette relation et s’immiscer dans cette relation sans la détruire n’est autre que l’homme ou la femme de notre vie que tout le monde attend.
Revenons à Rinaldo et Armida. Quand Rinaldo arrive sur l’île enchantée d’Armida, il est séduit par le panel de charmes que lui offre une femme lui semblant digne de lui. Ce sera même elle qui l’initiera, lui permettant enfin de devenir un homme, lui qui ne l’était que par les armes. S’aimant enfin comme homme, il ne peut que fuir la magicienne, qui l’arrache à la destinée dont il rêve, celle du plus grand chevalier des croisades après Goffredo. Sans son amour, il ne serait pas devenu un homme, avec, il ne pouvait plus continuer à être un héros de chanson de geste. Tout au plus, sa réponse à Armida abandonnée est assez caractéristique d’un discours de rupture traditionnel, misogynie médiévale en sus.
Je pourrais continuer avec Belle du Seigneur en prenant pour exemple la maniaquerie narcissique des deux héros. Si Ariane passe 25 ans dans sa salle de bains, ce n’est pas uniquement pour plaire à Solal, même si telle est son intention consciente. Elle ne veut pas qu’il aime une fille dont son for intérieur lui dirait qu’elle n’est pas aimable. Même si Solal à maints égards se moque éperdument de la poésie perpétuelle d’Ariane. Ce que désire Ariane, c’est correspondre à la fille aimable telle qu’elle se la représente. Au final, la fille idéale pour elle-même.
Il est de notoriété publique que l’on vit et que l’on meurt seul, je n’ai pas peur de dire que nous aimons seuls, aussi paradoxal que cela puisse paraître.
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